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Tout marche comme sur des roulettes russes
On peut dire que Tout marche comme sur des roulettes russes est le premier spectacle avec lequel j’ai eu du succès, avec au moins 150 représentations dans les bars (toujours), les petites salles en milieu rural et les salles socioculturelles qui n’avaient, déjà à l'époque, pas une tune. Bref je me suis construit dans les déserts culturels, c’était le seul endroit où il restait de la place. Lorsque je l’ai arrêté, certaines personnes ne comprenaient pas que je ne fasse pas ma vie avec… aucun regret.
La trouvaille de base, c’était une porte pour tout décor, précisément la porte recyclée aujourd’hui dans La mort d’Elga ! Cette porte me permettait de faire des entrées et des sorties pour marquer les chutes de mes sketches sans dépendre d’une personne extérieure pour faire le Noir (jamais la même). Avec ma porte, je maitrisais le rythme de mon spectacle. Deuxième atout, mon premier spectacle n’avait aucun décor et les barmen s’arrachaient les cheveux en pensant que le public n’allait jamais rentrer puisqu’il n’y avait rien à voir sur scène. J’avais aussi investi dans deux superbes halogènes de jardins vissés sur des pieds de micro d’occasion et commandés par un variateur de lampe d’appartement… J’étais AUTONOME ! (photo Arnault Cantreau sur le Port Autonome)
Autonome et entouré avec la rencontre de Bernard Boiveau du Théâtre Camelia. Bernard est devenu pendant plusieurs années une sorte de mentor. Nous consacrions parfois plus de temps à parler en forêt qu’à répéter réellement, mais il y avait une sorte d’initiation et d’échange entre nous. Je lui disais que je ne pourrais pas lui rendre ce qu’il me transmettait et lui répondait que ça ne fonctionnait pas comme ça. Charge à moi de transmettre à mon tour, l’artistique ou autre chose. J’aime ce type et sa philosophie.
 Cette fois, mes textes étaient plus « efficaces », pour reprendre le terme employé par les directrices des cafés-théâtres parisiens ou d’ailleurs. J’ai eu la chance que ce public me boude. En m’écartant des cafés-théâtres pour aller vers le socioculturel, je suis passé du côté où une passerelle existe vers les salles référencées. Côté café-théâtre, il n’y a plus que la télé pour vous porter vers la salle, tant cet univers véhicule une image péjorative. Je me souviens avoir entendu Sophie Forte demander à un régisseur : « fais des Noirs bien longs entre les sketches, parce que j’ai vendu une heure et je n’ai que 45 minutes » ! J’étais heureux que cette famille ne m’adopte pas.
 
Les bons souvenirs de ce spectacle sont vraiment nombreux. C’est avec lui que j’ai commencé à jouer souvent en plein air. Mon premier vrai festival de rue a été La Déferlante, programmé par un certain Gérard Boucard, une figure des Arts de la Rue, aujourd’hui à Pornichet. Il a été aussi dans les prems’ à voir et prendre L’affaire Sardines quelques années plus tard.
Avec ce spectacle, j’ai voyagé. C’est une facette du métier que j’aime beaucoup. Partir, vivre un truc intense et revenir pour repartir… Je vis un métier formidable. Encore aujourd’hui, j’adore lorsqu’on dort chez l’habitant, que les gens ne font pas de manière et qu’on mange tous ensemble. Parmi les très nombreuses rencontres, citons l’équipe de l’AFTHA en Ariège, chez qui nous avons joué presque tous nos autres spectacles. Avec tous ces ailleurs, ça n’est surement pas un hasard si la première affiche de ce spectacle me mettait en scène faisant du stop avec mon lit. C’était drôle cette idée de mettre un lit sur l’affiche d’un spectacle avec une porte pour tout décor.
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