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Quelle heure est-elle ?
Mon premier spectacle était un solo pour la bonne et simple raison que je ne connaissais personne du métier, ni artistes, ni techniciens, ni le propriétaire du moindre lieu de représentation. Je me suis écris des sketches que je suis allé jouer dans les bars. J’ai joué beaucoup, à n’importe quel prix et en serrant les dents sur l’absentéisme du spectateur. Très vite, j’ai appris à verrouiller les conditions de mes représentations en demandant d’éteindre la salle et que le service soit interrompu pendant mon spectacle. Mon premier public a été les gens de la nuit, un milieu que je ne connaissais pas. Entre anarchistes, bourges encanaillés ou nobles décadents, j’étais aimé et reconnu par un public franchement sympa et sans jamais de protocole pour les rencontres. Dans les bars, je faisais déjà de la rue sans le savoir !
C’est aussi avec ce spectacle que j’ai fait ma première scène, la première partie des Poubelles’ Boys à La Bouche d’Air. Jean Brisais a donc été le premier pro à me voir jouer et à me programmer. Il m'a suivi jusqu'à sa retraite et avait vu ce premier spectacle chez Josie, la patronne du Masque à Nantes. Je m'y produisais gratuitement tous les lundis soir de l'été 93 et il y avait du monde à chaque fois. J'étais surpris que les gens reviennent car c'était toujours les mêmes sketches ! La première fois que je suis entré par l’entrée des artistes à La Bouche d'Air, je n’étais encore jamais allé au théâtre en tant que spectateur ! À la même époque, le programmateur du Jardin de Verre à Cholet m'avait vu également. Je jouerai pour la première fois là-bas en avril 2009, soit 16 ans plus tard et parce qu'un fan depuis mes débuts en est devenu le nouveau directeur. Comme quoi il n'est pas toujours bon de montrer un spectacle trop tôt, mais le pire est que je ne lui avais jamais demandé de venir !
Très vite, je me suis fait conseiller par un metteur en scène. Thierry Maillard, qui était avec Arludie à l’époque, m’a consacré beaucoup de temps. Nous faisions plus des cours de théâtre qu’une véritable mise en scène. J’avais eu son contact par une amie qui l’avait croisé à une soirée. Je l’ai appelé car je ne connaissais personne d’autre ! Il a été très patient car j’étais un peu méfiant sur ce qu’un metteur en scène pourrait me faire perdre de fraîcheur, alors qu’il faut l’avouer, j’étais, par exemple, nul en diction et très lourdaud sur mes intentions. Mais le fait que j’écrive moi-même mes histoires apportait une sincérité touchante dans l’interprétation. Mon secret : j’écrivais avec sérieux des textes interprétés avec légèreté.

On me citait deux inconnus en références : Yannick Jaulin pour la malice et le côté conte, Jean-Jacques Vanier pour l’absurdité totale. Les médias me collaient toujours Raymond Devos en référence pour le jeu des mots. J’avais beau leur expliquer avoir été beaucoup plus inspiré par les jeux sur les mots de Gainsbourg ou Nougaro, ils ne voyaient jamais le rapport.
Très onirique, Quelle heure est-elle ? était davantage un solo d’acteur qu’un véritable one man show. Avec le recul, je crois que je cherchais à faire rire avec des textes qui n’avaient pas été écris pour ça. Ce qui était une force, une forme d’originalité. On riait bien avec le public. J’improvisais tout le temps. Il m’a fallu L’affaire Sardines pour pouvoir m’appuyer à nouveau sur le bordel ambiant du public. (photo : Bruno Chiron)
Une vidéo est d'aujourd'hui. Francesca reçoit la lecture d'un des textes de Quelle heure est-elle ?, avec la consigne d'imaginer que je l'importune dans une salle d'attente... ...L'autre est ma première annonce télé. j'étais tout fier d'exister. Je n'ai pas de traces vidéos de ce premier spectacle.
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