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L'affaire Sardines
L'ancêtre de L'affaire Sardines est un feuilleton en trois épisodes incorporé dans le spectacle Sanka la rue. Lors de ces premières présentations, le public râlait un peu à chaque nouvel épisode. L'histoire était trop compliquée à suivre. J'ai rassemblé les trois épisodes. J'ai jeté le reste de ce précédent spectacle. Et j'ai choisi d'assumer son incompréhension jusqu'à la folie. Cette fuite en avant a connu un succès public immédiat. Aux Arts dînent à l'huile à Douarnenez, certaines personnes attendaient plus d'une heure pour voir cet entresort joué douze fois en un seul week-end. J'arrête ce spectacle, après un peu plus de dix ans de tournées, en février 2010 au Sénégal, au terme de près de huit cents représentations et de plus de cent cinquante mille spectateurs.
La première version était un entresort, c'est-à-dire, un spectacle joué dans un environnement clos pour une petite jauge de spectateurs, à la manière des baraques foraines où l'on vous promet la femme à deux têtes. J'enchaînais quatre à six séances par jour, d'une demi-heure chacune. Mais mon record est de onze représentations d'affilées dans le garage de Jamoneau à Rochefort en Terre, pendant le festival Les loustik de l'acoustik. J'étais porté par le public et je jouais chaque séance comme la dernière de l'après-midi. Mais inlassablement, les spectateurs suivant s'installaient et refusaient de quitter les lieux sans avoir subit L'affaire Sardines.
Après une centaine de représentations, on m'a conseillé de modifier mon spectacle afin d'accueillir quatre-vingts ou deux cents personnes à la fois. Trop de spectateurs restaient à la porte de la tente de cinquante places. J'ai choisi de créer ce qui s'est appelé la conférence de masse, rien d'autre que L'affaire Sardines sur grand écran pour une jauge d'un millier de spectateurs. Chasseloup est venu m'épauler pour faire le regard extérieur. La première à Saint-Sébastien sur Loire, ville coproductrice de cette adaptation grand écran, la première était très moyenne. Mais quelques semaines après, ces conférences de masse ont pris le pas sur les versions en entresort. Cette histoire de boîtes de sardines est mon seul spectacle dans lequel on gagne à mettre le public en inconfort, à serrer les gens comme dans une boîte à sardines.
L'affaire Sardines est le spectacle le plus important de mes quinze années de spectacles vivants. Il m'a permis de régler son compte à la recherche perpétuelle de reconnaissance. De comprendre aussi à quel point le public est roi dans la vie d'une œuvre, à quel point sa résonance échappe à l'artiste. C'est aussi avec ce spectacle que j'ai gagné plus d'argent que mes parents, un critère indispensable pour être reconnu comme professionnel du spectacle par sa famille.
Mes diapositives de boîtes à sardines m'ont fait voyager partout, sur plusieurs continents et promener mon œil dans toutes les couches sociales. Mon seul regret est de n'avoir pas encore réussi à faire une œuvre suffisamment populaire. Avec les mots qu'ils faut lire sur les boîtes à sardines, les analphabètes restent à la porte du spectacle. J'ai vu leurs regards perdus au milieu des rires de tous les autres, quelque part dans la banlieue de Rouen. Je ferais mieux une prochaine fois !
La sortie du DVD en 2008 marque pour moi l'ouverture d'une nouvelle voie vers l'audiovisuel. La vidéos, les films de cinéma, les séries télé... Je cherche comment faire d'autres œuvres populaires. En attendant, les souvenirs des représentations de L'affaire Sardines sont les moments les plus intenses de ma vie professionnelle.
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