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Abyss' Fantaisy
Je me souviens mal comment tout a commencé, mais je n’oublierais jamais comment ça a fini. Bernard Boiveau m’en dira plus tard : « Erick, je peux te poser une question ? Si je t’avais dit que tu allais te planter, est-ce que ça aurait changé quelque chose ? » Il a été soulagé d’avoir confirmation que ça n’aurait certainement rien empêché. Puis il ajouta : « ce qui est génial, c’est qu’en faisant toutes les erreurs en même temps, tu as tout appris d’un coup ».
Je n’oublierais jamais comment tout ça a fini : 237000 Fr (36000 €) de dettes et beaucoup moins d’amis dans le spectacle ! Tout a commencé en découvrant la compagnie Albédo jouant les ex-cabots à Saint-Nazaire, je crois. Ce spectacle a été pour moi une découverte : LE THÉÂTRE DE RUE EXISTE. J’ai aimé et j’ai foncé. Finis les solos, j’ai choisi de m’entourer, de fédérer une équipe autour d’un projet personnel. Le premier et dernier spectacle de la Compagnie Trois Fois Rien c’est appelé Abyss’ Fantasy. Nota : je crois qu’il existe aujourd’hui une Compagnie Trois Fois Rien sans rapport avec celle-ci.
de la maquette... ...au décor
Tous les programmateurs régionaux étaient présents pour miser sur ce projet porté par une équipe jeune. Il faut dire que j’avais débarqué dans leurs bureaux avec les maquettes dessinées par Hervé Vital, LE décorateur de Jo Bitume, dont j’avais aimé Océano Satanas.
Coup de théâtre, je me suis dégonflé avant le premier jour de répétition. J’ai accepté l’opportunité d’une tournée de 37 représentations en solo et confié illico la mise en scène à Frédéric Bertrand, avec qui j’avais travaillé sur Quelle heure est-elle N° 2. Je crois que j’étais conscient de ne pas savoir diriger les acteurs, de ne pas savoir transmettre mon idée artistique. Frédéric Bertrand a accepté ce rôle par défi, mais il a dirigé les artistes en luttant contre ce décor qu’il n’aimait pas et ce scénario qu'il ne comprenait pas davantage.
Il y avait bien ce truc qui ne tournait pas rond. Par manque de confiance en moi, j’avais repris la place que je connaissais bien, celle de l’organisation et de la diffusion du spectacle, abandonnant mollement la direction artistique. Je me souviens ce jour de répétition où, rentrant avec quelques dates en option sous le bras, l’équipe m’a demandé de me rendre plus utile en allant chercher des bières et des fruits secs. Il n’y avait aucun second degré là-dedans. L’atmosphère était déjà lourde. J’apportais des tournées sur un plateau en croyant les rassurer par les cachets attendus et je ne voyais pas à quel point cette liste de villes leur filait un trac énorme ! Lorsque j’ai compris cette dérive, il était trop tard.
Il faut dire que la nouvelle s’était propagée sur Nantes comme une traînée de poudre : « Un certain Sanka a de l’argent et il ne sait pas combien coûte les choses… » Des costumes à la musique, tout le monde s’est servi grassement, sauf les comédiens qui attendaient les tournées pour être payés. Sur Nantes, certains prestataires de cette époque n'osent toujours pas me regarder en face lorsqu'ils me croisent. Je sens leur gêne.
Au jour de la première, le spectacle faisait l’unanimité contre lui et c’est là que tout s’est compliqué. Le metteur en scène n’a pas accepté ce verdict, nous finissions les représentations à Aurillac avec moins d’un tiers des gradins ! Nous nous sommes bloqués l’un et l’autre, ballotant les comédiens entre nos rancœurs. Je suis étonné qu’ils soient restés jusqu’au bout ! C’était pathétique. L’équipe croyait avoir pondu un chef d’œuvre avant-gardiste et il y avait de ça. Nous avions atteint un degré de nullité risible et vraiment difficile à assumer.
On a bien essayé de changer la musique pour préférer celle de Translave, on a même fait une nouvelle affiche ! Mais le metteur en scène a refusé que l'on revoit le spectacle en profondeur et plus rien n'était possible avec cette équipe qui avait déjà trop souffert sur ce projet sans véritable chef. J’aurais dû tout arrêté plus tôt. J’aurais perdu moins d’argent, cette dette que j’ai mis un point d’honneur à rembourser seul. Et je n’aurais pas été moins aimé de cette équipe avec qui nous ne partagions rien.
Aujourd’hui encore, je pense que cette histoire freine mes projets cinématographiques. J’ai besoin d’avoir trouvé toutes les BONNES personnes avant de démarrer sur un terrain que je ne connais pas. Mais comment savoir qui sont les personnes qui nous conviennent si on n’a pas de repère. Je prends tout mon temps dans l’espoir d’aller plus loin ensuite.
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